Pour leurrer les avions
d’observation ennemis – que la DCA s’ingénie à manquer - des pseudos navires
de débarquement, faits de bric et de broc, encombrent les estuaires, les
criques et les ports. Un complexe pétrolier géant – en carton pâte – est
construit près de Douvres. Dans les champs, sont disposés quantités de chars…
en caoutchouc gonflables. Des véhicules et des canons en contreplaqué
s’alignent le long des routes. La nuit, des convois de camions – toujours les
mêmes – sillonnent la région en tous sens. Une équipe de techniciens entretient
à l’intention des oreilles allemandes une activité radio débordante entre des
unités aussi virtuelles les unes que les autres.
Le plan « Fortitude »
fonctionna au-delà de toutes les espérances. Bien après le 6 juin,
Hitler resta persuadé que le débarquement en Normandie était un simple
leurre, destiné à lui faire dégarnir les troupes présentes dans le
Pas-de-Calais afin que puisse y être lancé, dans un deuxième temps,
l’assaut décisif. Ses meilleures unités restèrent donc l’arme au pied
jusqu’à la fin juillet, scrutant désespérément un horizon vide, alors
que le sort de la guerre se jouait en Normandie.